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Discours du maire et dépôt de la gerbe avec les enfants

 

  Nous n’étions qu’une petite vingtaine d’habitants, ce matin, à assister à la cérémonie du 8 mai 1945, à 11h devant le monument aux morts de Tordères. C’est fort dommage car il est essentiel de ne pas oublier les pages sombres de l’histoire de l’Humanité qu’ont été les interminables années du totalitarisme et de l’impérialisme hitlériens pour le monde entier, d’en transmettre les enseignements aux nouvelles générations, et de perpétuer le formidable élan d’espoir et de vie que fut la Libération.

  La pire des offenses pour tous celles et ceux qui sont tombés, ces soldats russes, américains, africains, anglais, fauchés alors qu’ils n’avaient parfois pas vingt ans, ces résistants, connus ou non, fusillés, torturés, déportés, qui ont donné leur vie pour la liberté, notre liberté, ces millions d’internés dans les camps de la mort, est l’oubli ou l’indifférence.

  Ce matin, nous célébrions la mémoire de celles et ceux qui ont su dire « non », non au fascisme, non à la guerre, non à l’oppression et la domination, parmi eux les anciens de la Guerre d’Espagne issus des Brigades Internationales, de l’armée républicaine espagnole, ceux de la Résistance Intérieure, communistes, anarchistes, catholiques, progressistes, socialistes, immigrés, notamment les FTP-MOI, ceux de la France Libre autour du Général de Gaulle, et puis tous ceux qui ont servi la France dans les conditions les plus épouvantables, sans jouir d’une grande reconnaissance, comme ces 6 000 petits Catalans partis au front qui ont connu la terrible destinée des prisonniers internés dans les stalags et les oflags Outre-Rhin. Dépassant tous les clivages, ces combattants ont uni leurs forces contre le totalitarisme, la barbarie, et l’intolérance poussée à l’extrême, jusqu’à la négation de l’autre et au génocide. Ils n’ont plus fait qu’un pour terrasser le nazisme. Jean Gomez, un Tordérenc tombé au front, était un des leurs.

  Bon nombre d’entre eux sont morts sans voir le printemps. Ils n’auront pas connu la fin du cauchemar, du génocide, ni la défaite du racisme, du totalitarisme le plus abject, de la haine aveugle et barbare, érigés en système politique et portés par une idéologie criminelle. Il n’auront pas connu non plus les jours de liesse du mois de mai 1945. Mais les mots d’espoir du journaliste résistant Pierre Brossolette résonnent encore en nous à travers les années : «Ce que les morts attendent de nous, ce n’est pas un sanglot, mais un élan.» Un élan porteur d’une société de paix, de justice, de tolérance, de solidarité entre les peuples.

  Ce jour anniversaire, nourri du Souvenir et de l’Histoire, est symbolique d’un certain état de vigilance et de veille humaniste qui habite ou devrait habiter chacun d’entre nous. Au-delà de la préservation et de la transmission du souvenir des 55 millions de victimes de la Seconde Guerre Mondiale, il faut défendre coûte que coûte la personne humaine, le pluralisme, la démocratie. La bête immonde n’est jamais définitivement terrassée et nous devons veiller sur les valeurs de notre République et de la Démocratie telles que le Conseil National de la Résistance les avaient imaginées et mises en œuvre.

    Puissent les jeunes générations et celles à venir ne jamais oublier le formidable élan de courage et l’intégrité de tous ceux qui ont dit « non » quand d’autres baissaient la tête ou collaboraient avec le régime nazi.

  No pasaran ! Pasaremos ! Longue vie à la République ! Et qu’en l’an 2011, nous soyons au moins le double à fêter la paix et l’amitié entre les peuples.