C’est un lourd et inquiétant état des lieux que dressent conjointement le Groupement de défense sanitaire apicole des Pyrénées-Orientales (GDSA) et l’Union Syndicale Apicole du Roussillon (USAR). Depuis novembre 2013, les abeilles ne cessent de mourir en masse devant les ruches et disparaissent au fil des jours. On retrouve le même scénario dans tous les ruchers impactés : les provisions sont excellentes mais les ruches sont silencieuses car les abeilles sont décimées.

  Un groupe d’experts indépendants spécialisés dans les maladies des abeilles, mandaté par les différents groupes sanitaires apicoles, s’est rendu sur l’ensemble des ruchers impactés à travers le département. Le constat est sans appel : l’hécatombe des abeilles n’est pas liée à une maladie ou à la recrudescence du parasite « varroa ». Les premières observations des experts indiquent formellement qu’il s’agit de phénomènes d’intoxications très inquiétants qui combinent une action insecticide (touchant l’abeille adulte) et larvicide (touchant donc les futures abeilles). Des ruches entières sont décimées, ce qui condamne une large partie des colonies à disparaître. Les ruches impactées ne se relèvent pas facilement de ces dépopulations massives qui touchent autant les abeilles adultes que les abeilles à naître. Les pesticides et les herbicides sont fortement suspectés d’être en cause dans cette terrible hécatombe. Les zones montagneuses sont particulièrement touchées par ces mortalités d’abeilles. Le dernier recensement (mars 2014) fait état de 1 200 ruches perdues, soit 10% de la totalité des 12000 que compte le département ! La perte financière s’élève à près de 300 000 euros et plonge les apiculteurs dans le désarroi.

  La situation semble s’étendre à d’autres départements, notamment l’Aude et l’Ariège (où la situation est encore plus dramatique avec 4 500 ruches décimées ces derniers mois).

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Photo : GDSA

  Face à l’ampleur du phénomène qui, par-delà le drame humain et économique vécu par les apiculteurs, s’avère être une véritable catastrophe écologique, les autorités envisageraient de mettre en place un protocole expérimental afin de découvrir pourquoi et comment ces produits finissent par se retrouver dans les ruches. La machine administrative est très lente à se mettre en route alors qu’il y a urgence. Ce scandale des insecticides a démontré des dysfonctionnements inadmissibles dans l’évaluation des pesticides dont la France est le deuxième plus grand consommateur au monde.

  Einstein affirmait que « si les abeilles venaient à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre ». En effet, sans le travail des abeilles, plus de 80% des espèces végétales disparaîtraient de la surface de la terre. A la base de l’équilibre des écosystèmes, elles fournissent plus de 35% de nos ressources alimentaires. C’est donc le devoir de chacun, de toute urgence, pour l’avenir de la planète et de l’homme, d’exiger que soit mieux protégées les abeilles. Peut-on encore tolérer que la mise sur le marché des pesticides ne soit pas accomplie avec la plus grande rigueur, dans le respect de l’environnement et de la santé publique ? Que les pesticides neurotoxiques et systémiques et les produits à usage agricole contenant ces substances ne soient pas remis en question ? Que la dissémination dans l’environnement des OGM/PGM soit toujours autorisée ? Exigeons que les abeilles soient reconnues en tant qu’acteurs irremplaçables de la pérennité de la biodiversité et qu’elles soient protégées par le patrimoine mondial de l’UNESCO.

  Dans une tribune adressée aux médias par le président de l’USAR, Michel Barcelo, lance un appel au secours : « derrière la tragédie de la disparition des abeilles, outre la tristesse, le désarroi, la colère et l’effondrement, se dresse une autre réalité. Plus cruelle, plus impitoyable et sans scrupule, c’est la sensation d’abandon. Impuissant devant ce génocide, l’apiculteur solitaire se retrouve, spolié, démuni, détroussé de son droit le plus élémentaire. Celui de choisir son travail simplement et de le faire librement. (…) Sans ‘l’outil’ qu’est l’abeille, comment travailler ? Plus de moyen d’action, plus d’effet, plus de revenus. (…) Le statut de chef d’exploitation de plusieurs de mes collègues apiculteurs est désormais en péril. De cotisant solidaire, ils deviennent, en quelques jours, sans droit, sans protection sociale. Une véritable catastrophe en soi. (…) La dénomination anglaise de « beekeeper » (« gardien d’abeille ») définit la mission d’apiculteur. Les gardiens d’abeilles se doivent de protéger une espèce en péril, l’abeille. Pour l’avenir de leur métier ancestral mais aussi pour l’avenir de la biodiversité. Avec pour seul objectif en urgence absolue, la révision des autorisations de mise sur le marché des produits neurotoxiques dans le but d’interdire l’utilisation de tous les agents chimiques tueurs d’abeilles ».  Espérons qu’il sera entendu.

Si vous souhaitez obtenir de plus amples renseignements, vous pouvez joindre l’Union Syndicale des Apiculteurs du Roussillon, par courrier (avenue Aristée, 66130 Ille-sur-Têt), par téléphone au 04.68.84.07.85, ou par courriel : usar@orange.fr