D’après un article de Jacqueline Balvet paru dans «Médiapart»

Pour pouvoir répondre à la demande croissante des Etats membres de l’Union Européenne, l’Union de l’Energie de la Commission Européenne a développé des négociations avec les pays ressources (Algérie, Etats-Unis, Argentine, Azerbaïdjan), dans le but que l’Europe soit moins dépendante du gaz russe, et elle a également étudié un projet communautaire de développement des infrastructures liées à l’énergie.
Il existe aujourd’hui 195 projets européens d’infrastructures essentielles (dans les domaines de l’énergie, du transport et des télécommunications) qui doivent « contribuer à la mise en place progressive de l’Union de l’énergie par l’intégration des marchés de l’énergie en Europe et la diversification des sources d’énergie et des voies d’acheminement. » (extrait du site de la Communauté Européenne : http://europa.eu/rapid/press-release_IP-15-6107_fr.htm).
Le marché unique européen du gaz est donc lancé pour être opérationnel en 2018. Les opérateurs français GRTgaz et TIGF (ancienne filiale du groupe Total) sont en première ligne, la France étant en effet un nœud stratégique d’interconnexion pour distribuer l’énergie au sein de l’Union Européenne.
C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet MidCat-STEP qui prévoit une interconnexion des réseaux de gazoduc de Catalogne avec ceux du sud de la France arrivant dans l’Aude. MidCat-STEP fait partie du gigantesque chantier européen d’interconnexion des réseaux énergétiques (électricité, gaz), de transport et de télécommunication. Son objectif est d’organiser l’importation de gaz d’Algérie (il serait même prévu de construire un gazoduc pour amener le gaz nigérian en Algérie). Dans ce pays, le groupe Total envisage plusieurs projets, dont la construction d’une usine pétrochimique et la mise en exploitation du gisement de Timimoun (dont Total détient 38%), recelant du « tight gas », un gaz non conventionnel dont l’extraction requiert, comme le gaz de schiste, le recours à la fracturation hydraulique. » (voir l’article du journaliste d’investigation Olivier Petitjean, http://multinationales.org/Reconciliation-entre-Total-et-l-…).
Bref, les pays de la Communauté Européenne n’autorisant pas l’extraction des gaz de schiste à cause des multiples risques que cela induit, n’hésitent pas à se tourner vers l’Algérie pour le produire, en laissant à ce pays les risques et les aberrations écologiques (notamment en matière d’eau) qui sont liés à ce type d’extraction ! L’Europe va chercher son gaz dans le sol des autres. Quelle aberration et, surtout, quelle hypocrisie !

Dans sa première phase, le projet MidCat-STEP prévoit la construction d’un gazoduc pour relier l’Espagne à la France, de part et d’autre de la frontière, en Catalogne sud (notamment dans l’Emporda), ainsi que dans les Pyrénées-Orientales et l’Aude (120 km de nouveaux gazoducs entre la frontière, au Perthus, et Barbaira, dans l’Aude). Il prévoit aussi la construction de stations de compression (à Barbaira, Montpellier, et St Martin de Crau) afin de réguler le transit.

Dans sa seconde phase, le projet consiste à agrandir les gazoducs existants, de Carcassonne à Fos-sur-mer, afin de se relier au gazoduc Eridan de la vallée du Rhône et de pouvoir ainsi acheminer le gaz vers les autres pays de l’Union Européenne.

En Espagne, la résistance s’organise, tant au niveau des élus que des collectifs citoyens. Une plateforme « Stop MidCat » a été mise en place et lutte activement contre ce projet colossal. Dans les Pyrénées-Orientales, nous ne sommes qu’au début de la mobilisation et quelques sentinelles, notamment d’anciens chefs de file de la lutte anti-THT, tentent d’alerter les citoyens (pour l’instant sans grande levée de bouclier).

Rappelons que le projet s’élève à 290 millions d’euros, avec un montage financier favorisant les investissements privés, répercutés directement sur les tarifs et financés en bonne partie par les consommateurs, pour une rentabilité qui reste à prouver (c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles la France s’était, sous le précédent gouvernement, retirée du projet, avant que l’Union Européenne en fasse un projet d’intérêt communautaire).

Le modèle énergétique basé sur la croissance sans limite et l’utilisation des ressources fossiles et fissiles n’est plus acceptable. Le méthane est très néfaste pour le climat de par son rôle dans le réchauffement climatique : le CH4 est beaucoup plus émetteur de gaz à effet de serre que le CO2, surtout dans l’exploitation des gaz de schiste, où les fuites sont multipliées par le nombre très important de puits de forage. Le gaz prévu pour passer dans le gazoduc MidCat-STEP proviendra essentiellement d’Algérie et notamment du sud saharien où le gaz de schiste est fortement convoité par l’industrie gazière (l’Algérie est la 3ème réserve mondiale estimée de gaz de schiste).

Autant d’arguments pour se mobiliser et bloquer ce nouveau grand projet inutile.

Les photos suivantes, récemment parues dans la presse (L’Indépendant, etc.), montrent la construction du tronçon 2 du gazoduc France-Espagne. Voici donc le gigantesque chantier qui attend les Pyrénées-Orientales et l’Aude ! Il est urgent de réagir !

Chantier gazoduc 4 Gazoduc France Espagne 2 Gazoduc France Espagne Gazoduc Murcia, tronçon 2 Nord