La viabilité économique du projet de gazoduc STEP (South Transit East Pyrenees), qui doit parcourir 230 km pour relier l’Espagne et la France, en traversant les Pyrénées-Orientales (et notamment Tordères) et l’Aude, est largement remis en question par une étude commandée par la Commission Européenne à un bureau de consultants indépendants finlandais (Pöyry).

Selon cette étude, ce gazoduc dont le coût total frôlerait les 450 millions d’euros, ne correspond à aucun besoin réel et ne réduira pas la facture des consommateurs espagnols ou français.

Le Projet STEP qui correspond à la première étape du méga projet gazier Midcat, d’environ 500 km de long au total et évalué à 3 milliards d’euros est soutenu depuis de nombreuses années par la Commission européenne qui l’a inclus parmi les projets d’intérêt commun dans sa troisième liste prioritaire.

Malgré les demandes renouvelées de députés européens, l’accès à l’étude du bureau Pöyry leur a été refusé et elle n’a pas été rendue publique. Dévoilée aujourd’hui par Reuters et la Marea, elle démontre en fait très clairement que le projet n’est pas viable économiquement et qu’il n’a aucun intérêt pour la sécurité d’approvisionnement des deux pays.

Voici ce qu’écrit Michèle Rivasi, députée européenne écologiste, co-rapporteure sur la gouvernance de l’énergie au Parlement européen, après la lecture de l’étude :

« Nous comprenons pourquoi les promoteurs du projet bloquent la publication de l’étude Pöyry. Ce document confirme dans une très large mesure l’inutilité du projet STEP : il ne répond à aucun besoin réel, il ne fournit pas plus de sécurité énergétique (principale objectif déclaré des « Projets d’Intérêts Communs » les PIC), il augmente la facture de gaz des consommateurs français et ne réduit pas celle des consommateurs espagnols. En outre, ce projet risque d’échouer à peine 10 ans après sa construction.

Les infrastructures gazières existantes dans les Pyrénées sont déjà sous-utilisées, même pendant les périodes de forte demande. S’il existait une demande réelle pour Midcat, le marché aurait déjà construit ces interconnecteurs. L’étude de Pöyry confirme que le projet STEP est purement politique et ne repose sur aucune preuve scientifique. Cette publication jette de sérieux doutes sur les motifs utilisés pour justifier de nombreux autres projets gaziers dans la liste prioritaire de la Commission européenne qui rendent les projets PIC éligibles pour d’importants fonds publics. 

En versant des milliards de fonds publics dans de nouvelles infrastructures de gaz fossiles, l’Europe nie ses engagements climatiques. Le gaz n’est ni une énergie bas-carbone, ni une énergie de transition. Investir dans de nouvelles infrastructures gazières nous enfermerait pour de nombreuses années dans notre dépendance aux énergies fossiles. L’argent des contribuables doit être bien dépensé et servir à assurer une transition vers la réduction de nos consommations d’énergie et les énergies renouvelables.

Je demande à la Commission européenne d’annuler ce projet et de lui retirer les financements publics donnés au nom de PIC. Le financement européen doit se concentrer sur les investissements dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. L’élan pour mettre fin aux subventions aux combustibles fossiles est à portée de main ! »